«Prévenir Ebola en protégeant les soignants par la vaccination»

Les univer​sités d’Anvers et de Kinshasa montrent qu’une approche différente peut sauver des vies

Lorsque Ebola Ă©clate, les personnels soignants sont  touchĂ©s de manière disproportionnĂ©e. Très souvent, ils ne sont vaccinĂ©s que lorsque l’épidĂ©mie est dĂ©jĂ  dĂ©clarĂ©e. Des chercheurs des universitĂ©s d’Anvers (UA) et de Kinshasa (UNIKIN) estiment qu’il faut vacciner Ă  l’avance les soignants dans les zones Ă  haut risque. « C’est faisable et cela sauve des vies. »

À Bulape, une Zone de Santé enclavée de la province congolaise du Kasaï, Ebola a éclaté en début septembre 2025. Au total, l’Organisation Mondiale de la Santé a recensé 64 cas et 45 décès, ce qui représente un taux de létalité supérieur à deux pour trois cas. Parmi les victimes figuraient cinq soignants, dont trois sont décédés dès les premières semaines de l’épidémie.

Le virus circule dans les établissements de soins de santé

Ce schéma n’est pas nouveau. Lors de la plus grande épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, 518 soignants ont perdu la vie, représentant 4,6 % de tous les décès. Cela malgré le fait qu’ils représentent une part bien plus petite de la population. Depuis 2019, le premier vaccin contre Ebola a été approuvé, mais les campagnes de vaccinations ne débutent généralement que plusieurs jours, voire des semaines après la déclaration officielle d’une épidémie d’Ebola. Entre-temps, le virus peut se propager dans les établissements de soins.

« Les soignants  s’infectent souvent avant qu’il ne soit clairement Ă©tabli qu’ils sont en train de prendre ne charge les cas d’ Ebola », explique le Professeur Jean-Pierre van Geertruyden, coordinateur de l’Institut de santĂ© globale de l’UniversitĂ© d’Anvers. « Ils soignent les patients sans savoir que le virus est prĂ©sent, souvent avec un Ă©quipement de protection dĂ©risoire. Ces infections prĂ©coces affaiblissent non seulement la rĂ©ponse, mais alimente aussi la mĂ©fiance des communautĂ©s envers les Ă©tablissements des soins, poussant de nombreuses personnes Ă  chercher des soins ailleurs ou Ă  retarder leur recherche, renforçant ainsi la transmission au niveau communautaire. »

Temps précieux gagné

Des chercheurs de l’UniversitĂ© d’Anvers et de l’UniversitĂ© de Kinshasa ont Ă©valuĂ© l’impact d’un vaccin et de son rappel sur le personnel soignant et les travailleurs de première ligne dans le cadre de l’étude EBL2007. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s lors d’un atelier oĂą le Professeur Placide Mbala a Ă©galement pris la parole. Mbala, Ă©pidĂ©miologiste et virologue congolais de renom Ă  l’Institut National de Recherche BiomĂ©dicale (INRB) Ă  Kinshasa, est une autoritĂ© dans la lutte contre Ebola. Les rĂ©sultats de leur recherche montrent que le vaccin offre une persistance de l’immunitĂ© Ă  long terme et que le vaccin est adaptĂ© Ă  une  utilisation dans les zones enclavĂ©e. D’autres modèles mathĂ©matiques montrent que vacciner Ă  l’avance les personnels soignants , permet de sauver davantage de vies Ă  coĂ»t raisonnable : chaque dĂ©cès Ă©vitĂ©, reprĂ©sente un coĂ»t estimĂ© entre 12 000 et 26 000 dollars.

« Si nous protĂ©geons mieux les professionnels de santĂ©, nous gagnons un temps prĂ©cieux au dĂ©but d’une Ă©pidĂ©mie », dĂ©clare le professeur Hypolite Mavoko Muhindo, Chef  de DĂ©partement des Maladies tropicales de l’UniversitĂ© de Kinshasa. « Cela fait une Ă©norme diffĂ©rence, tant pour les patients que pour le système de santĂ©. Nous plaidons donc pour l’inclusion de la vaccination rĂ©gulière contre Ebola des professionnels de santĂ© dans les plans nationaux de santĂ© et de sĂ©curitĂ© dans les pays oĂą Ebola est frĂ©quent. »